Date: Wed, 13 Dec 1995 19:36:09 -0500 Message-Id: <199512140036.TAA03917@freenet3.carleton.ca> From: cn472@freenet.carleton.ca (Christophe GUY) To: edufrancais@univ-rennes1.fr Subject: COTONOU (2) Precedence: list Reply-To: cn472@freenet.carleton.ca X-Sequence: 994 Content-Type: text Content-Length: 12347 Status: RO TELECOMMUNICATIONS ET NOUVELLES TECHNOLOGIES DE LA COMMUNICATION: UN DEFI MAJEUR POUR LA FRANCOPHONIE. (RFI-MFI). L'article suivant de Valerie GAS, pose la question des infrastructures francophones des autoroutes de l'information. Si le sommet de Cotonou a fait progresser la prise de conscience, les financements sont loin d'etre resolus. I) LES DANGERS D'UNE RECHERCHE FONDAMENTALE ECRASEE PAR L'ANGLAIS. Les nouvelles technologies de l'information et de la communication qui se developpent actuellement ont un impact considerable. Mais elles comportent deux risques: celui d'imposer a tous la seule langue anglaise; celui de laisser sur le bord de la route de nombreux pays en developpement. Dans les deux cas, la Francophonie a un role a jouer. "Les chercheurs et enseignants francophones, explique Michel Guillou, Directeur general-Recteur de l'Aupelf-Uref, Agence francophone pour l'enseignement superieur et la recherche, sont de plus en plus attires par les produits et reseaux d'information (ouvrages, revues, disques-compacts, reseaux electroniques) ou l'anglais devient la seule langue de production et d'information scientique. Si aucun contrepoids n'est propose, si la communaute francophone n'apporte pas de reponse forte et structuree, si la Francophonie n'offre pas en francais un espace propre de travail, de recherche, de production et de diffusion des produits de la science, alors la Francophonie vivante et novatrice risque fort de devenir un projet vide de substance. Avec elle, ce seraient les chances d'un monde plurilingue, ouvert, pluriel, oppose au monde uniforme qui tente de s'imposer, qui disparaitraient". Le defi, on le voit bien, est considerable pour la Francophonie. De l'avis de tous les specialistes, la bataille de l'avenir est celle qui va se jouer sur le plan des telecommunications, de l'informatique et de l'audiovisuel, bref de toutes les nouvelles technologies de l'information et de la communication, notamment des fameuses autoroutes de l'information. Une action et une presence dans ces domaines assureront une forte justification de l'existence du regroupement francophone au troisieme millenaire. Il y a la une opportunite a saisir. Car la Francophonie peut offrir une alternative a l'uniformisation culturelle et etre le vecteur grace auquel les pays du Sud pourront acceder a la modernite technologique. Par contre, si la Francophonie ne sait pas a temps mettre en oeuvre des programmes pour aider les pays membres a acceder en francais a la "societe de l'information" et a toutes les ressources technologiques qui emergent si vite sur le marche mondial, elle aura du mal, surtout vis-a-vis des pays les plus defavorises notamment en Afrique, a continuer de diffuser ses actions de solidarite et de cooperation pour le maintien de la diversite culturelle. II) NE PAS SE LAISSER DISTANCER. Il existe encore quelques espaces disponibles pour les operateurs francophones. Les projets de "boulevards de l'information destines a s'integrer sur le reseau clcctronlque mondial, par exemple, peuvent trouvcr leur place en jouant la carte de la qualite et de la specificite. Celle de la langue aussi. Car actuellement, pour profiter de l'aubaine Internet, la condition indispensable est de parler anglais. La langue de Shakespeare est l'outil de communication dominant. Mais pour reussir a s'engouffrer dans la breche, il faut aller vite. Car aux Etats-Unis, les autoroutes de l'information sont devenues une de ces nouvelles frontieres que les pouvoirs aiment a atteindre. Les grandes manoeuvres pour promouvoir Internet ont ete lancees par Bill Clinton et Al Gore en personne. Le gouvernement projette de mettre en place d'ici une vingtaine d'annees un reseau de cables en fibre optique qui couvrira tout le pays. Pour les Americains, investir dans les autoroutes de l'information est un moyen de relancer l'economie et de creer des emplois en donnant un petit coup de pouce aux industries des telecommunications et de l'informatique. La perspective de developper un tele-achat a l'echelle mondiale et des services commerciaux seduit de nombreux investisseurs outre-Atlantique. Face a cela, il est clair que la Francophonie ne dispose pas des memes moyens pour mettre en oeuvre ses ambitions. La France, et avec elle les pays francophones, essaient donc de se defendre contre l'uniformisation avec d'autres armes. A coup de barrieres reglementaires, a defaut de millions de dollars. C'est dans cet esprit que le debat sur l'exception culturelle a ete mene entre Europeens et Americains lors des dernieres negociations du GATT. Les Francais n'ont pas accepte que les domaines ou un enjeu identitaire etait en cause soient traites sur le meme plan que le reste dans la negociation commerciale. Si la polemique a tourne autour de l'audiovisuel et de l'invasion de programmes televises americains sur les chaines europeennes, cette clause speciale s'applique aussi a toutes les nouvelles techniques de communication, donc au multimedia et aux autoroutes de l'information. Au Vme Sommet de la Francophonie, en octobre 1993 a Maurice, les Etats presents ont soutenu la proposition francaise. Ils ont adopte une resolution sur "l'exception culturelle au GATT", notamment pour "encourager la vitalite de l'expression artistique des cultures nationales et regionales presentes dans chacun de leurs Etats" et "permettre aux creations de l'espace francophone de circuler largement entre leurs Etats respectifs comme porteurs des expressions communes et des identites diversifiees." Toute la question est de pouvoir maitriser l'arrivee des images et des sons venus d'outre-Atlantique pour empecher une invasion prejudiciable a l'expression de chaque culture, car comme l'explique Ridha Najar, directeur du Centre africain de perfectionnement des journalistes et communicateurs: " il est aujourd 'hui plus facile, plus reposant et plus economique d'importer des programmes que de les produire. En termes de cout, aucune comparaison n'est possible." Selon Francois Mitterrand, il s'agit d'eviter que: "La loi de l'argent ne reussisse la ou les regimes autoritaires n'ont pas reussi, en imposant l'emergence d'une culture unique." C'est aussi ce qui est en jeu avec les autoroutes de l'information. Mais pour etre efficace, il faut plus que des quotas. Il faut de l'argent. Jacques Delors, ex-president de la Commission europeerme, a evalue dans son livre blanc sur "la competitivite, la croissance et l'emploi" a 1 000 milliards de FF, les investissements necessaires a la mise en place de reseaux de ce type en Europe. Et c'est a ce niveau que les pays du Sud risquent d'etre une fois encore les laisses pour compte. Si les sommes necessaires sont deja tres importantes pour equiper l'Europe, qu'en est-il pour les pays en developpement ? Les autoroutes de l'information devraient se propager a partir de trois poles: Etats-Unis, Japon, Europe. Certains pays d'Amerique Latine, d'Asie du Sud-Est ou d'Europe orientale pourront profiter du developpement de ces reseaux chez leurs grands voisins respectifs. Les pays d'Asie centrale et d'Afrique, qui ne sont pas des marches "emergents", risquent de rester a l'ecan. Que ce soit par cablage en fibres optiques ou par satellite, leur connexion sera chere et prendra du temps. Sans compter la necessite pour les usagers de disposer de micro-ordinateurs performants, de modems, de lignes telephoniques commutees. Les obstacles sont nombreux . III) UN CHANTIER PRIORITAIRE POUR LA FRANCOPHONIE. Les operateurs francophones et notamment l'Agence de cooperation culturelle et technique, ont donc compris la necessite d'agir vite. Des le Sommet de Chaillot (1991), les chefs d'Etat et de gouvernement des pays ayant le francais en partage ont souligne l'importance qu'ils accordaient au secteur des telecommmunications et ont souhaite lamise en place d'une programmation specifique dans ce domaine. L'ACCT a organise, en juin 1995 a Paris, un Forum francophone des telecommunictions et des technologies de l'information. Cette rencontre a donne l'occasion avant le Sommet de Cotonou, de faire l'inventaire des problemes existants dans les pays de la communaute francophone et de proposer des pistes d'action pour preparer l'avenir. Un rapport presente par deux experts, Bernard Loing et Robert Menard, a montre que l'Afrique est dans le domaine des telecommunications, dans une situation de penurie et de retard par rapport aux autres regions de la planete. Elle ne possede, par exemple, que 2 % des lignes telephoniques pour 12 % de la population mondiale. On constate une progression sensible dans certains pays comme le Senegal (+35 % entre 1993-94 au niveau de la telephonie, existence d'un reseau de transmission de donnees par paquets, ouverture d'un acces a Internet). Alors que d'autres restent dans le marasme. Au Congo, la telephonie est en faible augmentation. Le reseau est de mauvaise qualite. Il n'y a pas de reseau de transmission de donnees par paquets. Et partout, les zones rurales demeurent a l'ecart du developpement des telecommunications. Lorsque l'on sait que la majeure partie des pays francophones se situent dans cette region, on comprend l'interet pour la Francophonie d'intervenir pour aider a son desenclavement. Des projets ont d'ores et deja commence a etre realises par differentes institutions pour ameliorer la presence francophone sur les reseaux mondiaux et faciliter la connexion des pays du Sud. L'Orstom a mis en place RIO, Reseau intenropical d'ordinateurs, qui connectent 70 etablissements de recherche et d'enseignement, notamment en Afirique. L'Aupelf-Uref permet grace a REFER (Reseau electronique francophone pour l 'education et la recherche) qui utilise la technologie d'Internet, la consultation de banques donnees en francais a travers des infoports implantes dans les centres Syfed de plus de 12 pays francophones. L'ACCT a mis en place un serveur sur Internet. Son objectif, est, entre autres, d'accueillir et diffuser les informations des pays membres de la Francophonie qui n'ont pas encore l'acces au reseau electronique mondial. L'un des axes majeurs de la cooperation multilaterale francophone de demain, mise en oeuvre notamment par l'ACCT, doit, bien sur, viser a developper au mieux ces initiatives pour que le plus grand nombre possible d'utilisateurs puisse se connecter aux autoroutes de l'information, y circuler en francais, et y trouver des contenus francophones. Il s'agit la de mener de front la bataille des equipements et des infrastructures de base et celle des contenus pour accroitre l'offre de produits francophones. La Francophonie doit aider a la fourniture de materiel informatique l'amelioration des reseaux nationaux de telecommunication, favoriser l'implantation de reseaux de transmission de donnees a haut debit, faciliter les raccordements aux inforoutes... En ce qui concerne la production d'informations, la concertation et le regroupement des capacites des differentes institutions francophones presentes sur ce terrain parait necessaire. Le programme engage par l'ACCT pour constituer des banques de donnees et des CD-ROM a partir de l'inventaire des textes juridiques disponibles dans les pays du Sud, pourrait etre etendu a d'autres domaines (patrimoine, spectacle,...) et alimenter les reseaux. L'appui a la presse ecrite et audiovisuelle (formation, soutien a la production,...) fait aussi partie des interventions indispensables. Ce type d'initiatives est susceptible d'aider la mobilisation des capacites nationales de production d'informations qui est une des conditions sine qua non pour permettre a tous les pays d'exploiter l'ensemble des ressources des reseaux et autres techniques de communication. La mise en oeuvre coordonnee d'actions de cooperation efficaces demandera, bien evidemment, une mise de fonds a la hauteur des ambitions de la Francophonie et du desir de ses instances representatives de ne pas se laisser distancer dans la course aux nouvelles technologies de l'information et de la communication. Valerie Gas -- Christophe GUY, Attache Linguistique de l'Ambassade de France au Canada, tel:(613)238-5711; fax:(613) 238-7884. VISITEZ nos LIENS FRANCOPHONES !! http://ottawa.ambafrance.org/LINKS/